Critiques

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Neige Bleue

Finalement, dans Neige Bleue, Carol Prieur interprète un conte pour adultes inspiré des œuvres des frères Grimm et du psychologue freudien Bruno Bettleheim. Chorégraphie de Tony Chong, Neige Bleue pourrait être décrite comme l’histoire d’une femme indépendante et émancipée qui sombre graduellement dans une forme de folie destructrice. Très physique, cette pièce joue également sur une gamme de tonalités psychologiques qui créent par moments une ambiance glauque. Prieur semble souvent possédée, en transe, et pourtant on la sent en parfaite maîtrise de ses gestes. Une performance remarquable, mais obsédante.

Du rêve au conte: la vie racontée comme une poésie dansée

Émilie Plante | 21 sept 2013 |

Désillusions de l’enchantement

Ils se marièrent et eurent beaucoup de coïts. – «Maman, est-ce que tu peux me raconter l’histoire de La belle au bois dormant? Le petit chaperon rouge? La neige bleue!» «Mais bien sûr mon petit coeur!» Qui aurait cru que des contes pour enfant pourraient avoir des significations psychologiques à caractère… sexuel? Le psychologue freudien Bruno Bettleheim a fait l’analyse des contes des frères Grimm pour creuser un peu, ou même beaucoup plus loin. Un parent mal informé aurait fait tout un saut s’il s’était retrouvé avec ses enfants à la représentation de Désillusions de l’Enchantement de Tony Chong.

Basé sur ces trois contes de fées, Tony Chong a fait appel à quatre vétérans de la danse contemporaine pour créer un trio, un duo et un solo plutôt… osés. Dans le trio inspiré de La belle au bois dormant, James Viveiros, Lucie Vigneault et Mark Eden-Towle formaient un triangle amoureux quelque peu dérangeant. Oscillant entre la sensualité, l’érotisme, la passion et la violence sexuelle, ce premier tableau nous a vite fait comprendre que nous n’allions aucunement assister à un spectacle tout doux, plein de fleurs et de papillons. Les deux mâles se sont passés la petite femelle comme un morceau de viande, tout en devenant eux-mêmes les proies de cette dernière. Exécutée avec toute la prouesse, la précision et la virtuosité naturellement attendues de ces danseurs accomplis, La belle au bois dormant version Tony Chong nous a très bien préparée pour la suite du spectacle.

Débutant lentement comme le trio précédent, le duo du Petit chaperon rouge s’est aussi avéré être plutôt sombre et déstabilisant. Cette fois-ci, Mark Eden-Towle de retour sur scène avec le rôle du Grand méchant loup, incarnait le prédateur sexuel qui s’intéresse un peu trop à la petite Lucie Vigneault. Ils prennent une marche funèbre ensemble en boucle de l’avant à l’arrière-scène tout en s’effleurant parfois la main, l’épaule, la cuisse. Graduellement, le vilain loup commence à prendre de plus en plus de liberté avec sa proie et celle-ci n’a pas beaucoup de moyen pour s’en défaire. Encore une fois interprété avec brio, ce tableau monte l’intensité d’un cran avec sa fin de thriller psychologique. À quoi jouent donc ces deux personnages macabres? Tout ce que l’on sait, c’est que ça va barder une fois que cette jeune femme aura enfin mis la main sur le méchant pervers dans les coulisses… à vous découvrir pourquoi…

Finalement, le public de la Maison de la culture de Villeray-Saint-Michel-Parc-Extension a été choyé de recevoir celle qui fût nommée Danseuse de l’année 2010 par la revue TANZ; nulle autre que Carol Prieur. Dîtes-vous qu’il vaudrait la peine de se déplacer

pour voir ce spectacle même s’il consistait seulement en ce solo hallucinant. Inspiré du conte La Neige Bleue, Tony Chong a frappé un véritable coup de circuit en s’appuyant sur les forces d’interprétation inépuisables de Carol Prieur. Dansant avec la Compagnie Marie Chouinard depuis 16 ans, elle est probablement l’une des danseuses les plus respectées à Montréal en ce moment.

Il est en fait inadéquat de dire qu’elle danse ou qu’elle interprète car en tant que spectateur, nous avons plutôt eu l’impression qu’elle a fait un pacte avec des forces maléfiques pour se laisser posséder par des esprits quand bon lui semble. Faisant usage d’absolument tout son corps, des yeux aux orteils, de la langue aux intestins, Carol Prieur a été capable de créer des effets spéciaux sans avoir besoin de projections. À un moment, nous avons eu l’impression qu’elle avait atteint la fréquence de vibration sonique en agitant son corps à une vitesse absolument inhumaine. Plus tard, elle s’est transformée en tremblement de terre. À quoi ressemble un tremblement de terre qui passe à travers le corps? Demandez-lui, elle a dût causer un séisme de force huit à l’échelle de Richter durant ce passage. Revenant à la thématique chérie de la soirée, Carol a plus tard été possédée par l’esprit de la reproduction en se faisant prendre par derrière jusqu’à un possible coït interrompu… difficile à dire car cet acte semblait partiellement désiré de sa part et partiellement imposé sur elle. Une chose est certaine, c’est à ce moment que les parents ont mis leur main sur les yeux de leurs enfants, parce que nous étions rendus à la scène la plus intense de L’Exorciste. Vous savez, la scène où la jeune fille possédée commence à faire le péché ultime avec son Jésus imaginaire? Bref, un solo intensément perturbant à en faire des cauchemars. Mais c’était de toute beauté.”

Danse Nouvelles Montréal – Dance News Montreal Oliver Koomsatira, 12 novembre 2011

 

Désillusions de l’enchantement

“Les moments de joie gagas des deux critiques danse (dans le désordre). Carol Prieur, que ce soit dans Le nombre d’or (LIVE) de Marie Chouinard à Danse Danse ou dans Les désillusions de l’enchantement de Tony Chong, nous a laissées bouche bée.”  

– Le Devoir – Catherine Lalonde, 31 décembre 2011

 

 

2/ Revolver

‘Dance Lab’s Tony Chong proved just how relevant dance can be with Revolver, a pulsating examination of male violence that pushed Le Groupe’s dancers – James Sinclair, in particular – into deep, dark corners. An aim this sure deserves a wider audience.’

– The Hour Magazine by T.S. Warren – Ottawa Best of 2006

 

3/ Bloodletting and Other Pleasant Things

It’s a lesson that more dance companies, modern and classical, could benefit from. A theatrically-trained set of eyes can often help determine how movement works on a stage, not just in a rehearsal room.         Zimmer’s dramatic savvy could be one of the reasons why Tony Chong’s Bloodletting And Other Pleasant Things is so successful. Another reason, of course, is Chong. The Ottawa-based artist and current artistic director of Le Groupe Dance Lab demonstrate a rich imagination, playful sensibility and eclectic aesthetic canvas.                                                                                                                                                   Bloodletting opens with soothing Vivaldi and five Dancemakers performers walking onto the playing area in colourful Gap briefs, innocently taunting and provoking each other in groups of two. Anger lurks beneath their smiles and exchanges, but it’s kept in check. Once two of the male dancers begin choking, however, it’s as if their ids are unleashed. Vivaldi gives way to Bach, which soon disintegrates into a staticky haze, all intriguingly mashed together by soundscape designer Kevin Young.                                                          From then on, the show begins in earnest to press our emotional buttons. A game of musical chairs builds resentments among the dancers. A monologue from Eric Bogosian’s Talk Radio ends in a chilling mob scene. A large white board partly obscured by plastic sheets gets scrawled with graffiti. Moods shift in seconds.                                                                                                                                                               What’s best in the show is that movement seems a natural extension of what’s come before. When Kate Hilliard and Kate Holden taunt and then abuse Robert Abubo, it’s a physical expression of emotional undercurrents. There are a few fumblings; the text portions of the show don’t always succeed. And a free-association game between Hilliard and Steeve Paquet comes across clever but not really integral to the show. But the production’s best moments – an all-out shout fest by the performers, a poignant monologue by Benjamin Kamino, the jostling for power among the five distinct dancers – are sharp and pointed. This might not be the most pleasant show, as its title ironically suggests, but it’s definitely one of the year’s most memorable.”

GLENN SUMI Now Magazine Toronto – October 2008 DANCE REVIEWS

 

“Montreal choreographer Tony Chong and a fluid Dancemakers ensemble pushed our emotional buttons in this playful, visceral look at anger. Non-narrative dance at its edgiest”

Now Magazine’s 2008 Top in 10 in Toronto by Glenn Sumi

NOW RATING N N N N N  

Bloodletting And Other Pleasant Things

“The Thursday night performance of “Bloodletting and other pleasant things”, the latest number from Distillery District-based Dancemakers, culminated for me during Robert Abubo’s eerie, spasmatic solo. A longtime collaborator with choreographer Tony Chong at Ottawa’s Le Groupe Dance Lab, and a first-time Dancemaker this season, Robert’s mannequin-jointed, off-balance bending was self-accompanied by his vulnerable, whining falsetto, and rocked by fits that suggested self-loathing as much as futile rebellion. This is just about as weird as it sounds, but Robert has great wrists.                                                           Bloodletting is rabid, frantic, painful and sexy. There’s only nine shows left before the experimental run ends November 2nd; not this Sunday, but the next one. Also worth mentioning: the performance started and ended with the team of five in only their underthings. So worth it.                                                                                                                                                                “Bloodletting” is a frank exploration of anger in all its bodily forms. The narrative on Thursday night was framed by Kate Hilliard’s screed on HIV, at once an expression of anger and a very-purposeful provocation of it. By subtly appropriating infection as the vector of anger, Kate established a device from which I began to understand the bodies of the interpreters as they were wracked repeatedly by a coughing that marked the transformative power of deep emotion: lust became anger; envy became anger; laughter became anger; performance became anger; meeting an old friend at a party became anger.                                                 The troupe repeatedly engaged the audience directly: I was yelled at, implored, questioned, and frequently drawn into the improvised dialogue. Like what goes on in the back seat, it’s writhing, slightly uncomfortable fun.”

– by Matthew Hayles Filed in Arts October 25, 2008 – Blog TO – http://www.blogto.co

 4/ I See Much Less Than It Is To Come

D’entrée de jeu, la proposition est sans équivoque. Une verrière de sept panneaux fait frontière entre l’espace scénique et celui du spectateur ; on nous désire voyeurs.                                                 Voilà que le huis clos s’anime. Un homme bien droit, quasi-immobile ; derrière lui est positionnée une femme dont seul un bras nu est visible, comme greffé au danseur qui nous fait face. Débute cette danse à un bras, teintée d’angles et d’inconfort, venant faire résonance à cette immobilité….Un bras qui parle avec anxiété.                                                                                                                                 La suite nous confirme ce prélude angoissant. I see much less than it is to come est un hommage à l’anxiété. Les tableaux se font suite avec fougue ou latence, l’un servant à faire déraper l’autre vers de noirs abîmes intérieurs.                                                                                                                            Que ce soit cette femme aux mains crispées sur les cuisses nous chuchotant son délire, ou cette autre qui entre en scène avec à chaque main, une laisse retenant deux danseurs enragés en position quadrupède, tous promènent leurs démons dansant ; chacun semble incarner la peur de l’autre. Alors on traîne l’autre sauvagement, on le chevauche, on le frappe, on s’en empare…et on passe au suivant.               Il aurait été facile de tomber dans une hystérie collective ou encore dans la représentation d’un asile psychiatrique ; mais ici Tony Ming Chong réussit à manipuler son thème avec un sens de l’esthétisme qui donne poésie à son propos : l’angoisse est chic. Les états sont dosés à point ; on comprend de quoi il est question et on le voit à travers cette danse désarticulée et rapide, à travers ces parcours désespérés dans l’espace, à travers ces mains qui parlent, se crispent, s’accrochent ou repoussent.

Les propositions sont parfois tordues, comme ces deux danseurs en laisse qui se font combat, tels des coqs ou des chiens ; parfois osées, comme ce couple qui se chevauche, qui s’embrasse et se rapproche de façon impudique. Mais au bout du compte, les corps dansant sont tout aussi signifiants dans les séquences gestuelles que dans ces images-clés. Une intention juste colore chaque geste et chaque phrasé.                                                                                                                                                          La section post-combat de coqs fait naître une accalmie ; une ambiance laissant croire à un retour à la normalité. C’est pour moi une faiblesse de cette pièce ; on nous a tenu en haleine de façon si serrée que le calme plat proposé par une gestuelle plus neutre et plus sobre nous atteint difficilement. Par contre la boucle se referme de façon efficace . Une danseuse s’accroche à sa chaise comme à une bouée, après un solo qui l’a baignée dans la souffrance. Mais point de repos ; un homme avec ses mains s’empare de son corps ; puis il prend conscience de nous et donc s’éloigne, se réfugie près du mur, le corps évoquant une tristesse ou un retour à cette anxiété du début.                                                                               Il faut souligner la présence et la virtuosité des danseurs. Tous sont agiles, tous sont empreints de l’angoisse requise. Ils délirent dans la précision gestuelle et ils débordent de signifiants dans une partition chorégraphiée au mètre carré. Aussi, musique, néons et scénographie viennent rehausser l’ensemble avec coherence. La soirée fut belle. sombre et belle.

– DFDanse (www.dfdanse.com) Posted by Ève Lalonde – l’Agora de la Danse – le 3 fèvrier 2006, Montréal

 

I See Much Less Than It Is To Come

Extrêmement innovante, captivante et terrifiante que cette création de T.M. Chong. Naturellement japonais, et ça n’est pas (qu’)un parti pris.
C’est tellement différent de ce que l’on nous présente habituellement. L’espace est vaste, investi en 3D. Ils sont 7. Mais il n’y a pas de rôle figé pour les distinguer, ni plus de lois prédéfinies pour caractériser le style chorégraphique. La gestuelle alterne, de mecanique à animale, gracieuse, humaine, désaxée, ou charnelle. Il n’y a pas de règles ni recettes (comme les thèmes en musique classique) qui permettent une transition entre les tableaux successifs. Pourtant ce qui se déroule sur le damier est continu, enchaîné, ne manque pas d’entité. C’est d’ailleurs cette evidence qui destabilise et obsède. Il n’y a pas un mouvement gratuit, pas de remplissage, rien de trop, et cependant la vague ne s’arrête jamais. Résultat: ce danger est vivant, indépendant, un organisme en évolution, une machine qui avance, une logique ineluctable qui se met en place.
Posons des images maintenant. N’ai jamais vu pareille représentation de la torture, de la terreur. Ces soldats sont des miliciens aveuglés par une doctrine de violence, robots nés pour tuer, corps vidés d’humanité. Tous menacent mais sont indifféremment menacés. Personne à l’abri. Pas de pitié.La beauté du Diable
– Le Voir Magazine – Montreal by Marion Gerbier – February 2, 2006
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choreographic works

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